VOLET THEORIQUE DE L’APPROCHE COLLECTIVE DU COMPORTEMENT DE CONSOMMATEUR : ALTERNATIVE A L’APPROCHE UNITAIRE ?

المستهلك-191516

 

VOLET THEORIQUE DE L’APPROCHE COLLECTIVE DU

COMPORTEMENT DE CONSOMMATEUR :

ALTERNATIVE A L’APPROCHE UNITAIRE ?

 

Fadwa Ammari

Fonctionnaire

A la Direction Générale des Impôts


 

 

RESUME:  L’intérêt de cet article est la lecture théorique de l’approche collective, comme étant soit une alternative ou un nouveau modèle qui a ses propres soubassements théoriques, et qui restent une solution aux inconvénients de l’approche unitaire en la présence de pluralité des décideurs et des inégalités à l’intérieur du ménage. Ces exigences devraient permettre des recommandations de politique économique, qui cibleront les individus par opposition des ménages.


 

MOTS-CLEFS: Inégalités à l’intérieur du ménage, théorème de l’enfant gâté, rationalité collective de consommateur, équilibre coopératif, équilibre non coopératif, prise de décision.

 

ABSTRACT:  The interest of this article is the theoretical reading of the collective approach, as either an alternative or a new model that has its own theoretical foundations, which remain a solution to the drawbacks of the unitary approach in the presence of a plurality of makers and inequalities within the household. These requirements should allow for economic policy recommendations, which target individuals versus households.

 

KEYWORDS: Inequalities within the household, rotten kid theorem, collective rationality of the consumer, cooperative equilibrium, non-cooperative equilibrium, decision making.

 

 

 

INTRODUCTION

Dans le cadre de la théorie du consommateur, les demandes de biens doivent être homogènes de degré zéro et la matrice de Slutsky qui leur est associée doit être symétrique et semi-définie négative. Si ces conditions sont satisfaites, les préférences du ménage peuvent être retrouvées à partir de l’observation du système complet de demandes. L’économètre a ainsi l’opportunité d’étudier les effets de politiques économiques sur le comportement et le bien-être du ménage. Tout ceci explique largement le succès que l’approche unitaire rencontré durant plusieurs décennies.

Ce modèle présente le ménage comme décideur unique dont la consommation résulte de la maximisation d’une seule fonction d’utilité sous contrainte budgétaire englobant les revenus de tous ses membres. Certains auteurs ont donc développé  des modèles basés sur une représentation non unitaire de la prise de décision au sein du ménage. Ces modèles partagent le même postulat c’est que individu dans le ménage doit être caractérisé par des préférences propres. Ces modèles collectifs incluent les modèles de comportement du ménage basés sur la théorie axiomatique de la négociation  avec information symétrique. Ce modèle suppose que les préférences dépendent de la consommation de l’individu considéré et aussi de son partenaire.

Cependant, un cadre d’analyse qui ne prend pas en compte la pluralité des décideurs dans le ménage laisse apparaître certaines insuffisances. D’un point de vue méthodologique, la théorie néoclassique de l’utilité a été développée afin d’étudier les choix d’individus et non de groupes tels que les ménages. Certes, Samuelson (1956) a montré qu’un ménage se comportera comme un individu si les agents choisissent de maximiser une fonction de bien-être social, mais cette idée repose sur des hypothèses hautement restrictives. Becker (1974, 1991) a donné un résultat similaire à celui de Samuelson, connu sous le nom de Théorème de l’enfant gâté, dans le cas où le ménage serait composé d’un membre altruiste et d’un, ou plusieurs, membres égoïstes, mais ce résultat pose également des problèmes.

Bergstrom (1989) a ainsi montré que les préférences de l’agent altruiste doivent posséder certaines propriétés très restrictives pour que le Théorème de l’enfant gâté puisse s’appliquer. D’un point de vue empirique, la condition de symétrie de la matrice de Slutsky a été régulièrement testée sur des modèles, soit de consommation, soit d’offre de travail, et presque toujours rejetée. Par ailleurs, la propriété d’agrégation des revenus (income pooling), selon laquelle seule la somme des revenus exogènes importe pour expliquer le comportement du ménage (et non sa répartition entre les membres), a également été rejetée à de nombreuses reprises.

 Outre ces critiques fondamentales, l’approche unitaire s’est révélée trop étroite pour étudier certaines questions telles que les inégalités à l’intérieur du ménage, les politiques économiques ciblées sur certaines personnes, ou encore, la formation et la dissolution du couple.

Confortés par le manque de support empirique de l’approche unitaire, et par son absence de fondements théoriques, certains auteurs ont développé des modèles basés sur une représentation non-unitaire de la prise de décision dans le ménage.

 Ces modèles partagent tous un même postulat théorique, à savoir, que chaque individu dans le ménage doit être caractérisé par des préférences propres. En revanche, ils s’appuient sur des mécanismes variés pour expliquer comment les décisions sont prises à l’intérieur du ménage. D’une part, les modèles non-coopératifs (ou stratégiques) utilisent la notion d’équilibre de Cournot-Nash. En d’autres termes, chaque agent dans le ménage est supposé maximiser son utilité, par rapport à sa propre contrainte budgétaire, en prenant les actions de son partenaire comme une donnée. Un inconvénient de ces modèles est, comme nous l’enseigne la théorie des jeux, que les allocations d’équilibre ne sont d’ordinaire pas efficaces au sens de Pareto. En d’autres termes, il est généralement possible, à partir de l’équilibre, d’améliorer le bien-être d’un membre du ménage sans détériorer celui de son partenaire.

 D’autre part, les modèles coopératifs (ou collectifs) partent de l’hypothèse que le processus de décision, quel qu’il soit, mène à des solutions efficaces au sens de Pareto. Cette catégorie de modèles inclut, notamment, les modèles de comportement du ménage basés sur la théorie axiomatique de la négociation avec information symétrique (par exemple, les solutions de Nash ou de Kalai-Smorodinsky).

Becker dans plusieurs contributions (1974 et 1991) adopte un cadre d’analyse dont les bases théoriques sont mieux fondées, il reconnait que l’individu est l’unité de décision élémentaire, tout en supposant que le ménage est composé de plusieurs personnes, chacune a ses propres préférences. Une de ces personnes est altruiste dans le sens où son utilité dépend de celle de ses partenaires. La conséquence est le théorème de l’enfant gâté (Rotten-Kid theorem) : le ménage se comporte comme si la fonction d’utilité du membre altruiste était maximisée[1].

Ben-Porathen en 1983 ajoute une condition est que le membre altruiste doit disposer de ressources importantes afin de modifier ses transferts en réponse aux décisions des autres membres[2].

Un nouveau concept est apparu qui est celui de la rationalité collective. Peut-on vérifier la rationalité de  consommateur sous l’hypothèse de l’approche collective de la consommation ? Quelle est l’unité de décision de cette hypothèse ?

Pourquoi donc la répartition des ressources influence le comportement du ménage ?

Sous ces prémisses quelles sont les différentes utilisations de ces modèles de comportement collectif de consommation dans le ciblage de politique économique ?

Samuelson en 1956 a supposé que les membres du ménage sont d’abord parvenus à un consensus quant à la répartition des ressources au sein du ménage. Ce consensus permettrait une agrégation des préférences des membres du ménage. Il serait suite à ceci justifié de représenter le ménage par une fonction d’utilité unique. Celle-ci correspond à une somme pondérée fixe des utilités individuelles.

Une question fondamentale que soulève le modèle collectif est la suivante : l’hypothèse de rationalité collective impose-t-elle des restrictions empiriquement falsifiables sur le comportement observé du ménage ?

Nous présentons donc aussi un test qui se fonde sur la notion de facteur de distribution, il s’agit d’une variable comme la part du revenu d’un conjoint dans le ménage, qui affecte le processus de décision et donc le choix du ménage sans influencer ni les préférences individuelles ni la contrainte budgétaire agrégée du ménage.

 

 

OBJECTIF

  1. Déterminer les limites de l’approche unitaire : Intégrabilité et identification de manière non paramétrique ;
  2. Parler des soubassements théoriques de l’approche collective ;
  3. Décrire les avantages de l’approche collective ;
  4. Déterminer les règles de partage ou pouvoir de décision ;
  5. Aperçu sur la méthodologie.

 

  1. LES LIMITES DE L’APPROCHE UNITAIRE

L’approche unitaire est adaptée à des contextes fort variés (offre de travail, système de demande), il s’agit donc d’une polyvalence. Mais on hdoit renoncer à prendre en compte les préférences individuelles des agents composant le ménage, ainsi que leur interaction dans le processus de décision, non plus la répartition du bien-être entre les membres du ménage.

Dans le  modèle de l’approche unitaire, le ménage est constitué d’un chef de famille altruiste et d’un ou de plusieurs individus égoïstes. L’altruiste s’assure que les égoïstes maximisent sa fonction d’utilité en effectuant des transferts à ces derniers. Ce modèle est très contraignant car  il suppose un niveau important de ces transferts (absence de solution de coin), ainsi que la transférabilité des préférences entre les membres du  ménage.

Cependant l’approche unitaire présenterait quelques inconvénients, qui sont à citer ci-dessous :

-Absence de fondements théoriques : il s’agit d’une approche trop étroite pour étudier certaines questions comme les inégalités à l’intérieur du ménage,  les politiques économiques ciblées sur certaines personnes ;

-Certains modèles unitaires notamment celui du consommateur, sont intégrables[3] , et identifiables de manières non paramétrique[4].

  • Les conditions d’intégrabilité : voir d’autres travaux qui parlent de ces conditions ;
  • Identifiables de manière non paramétrique : Ce concept ne doit pas être confondu avec celle d’identification économétrique (ou paramétrique), il s’agit d’une propriété beaucoup plus forte ; un modèle identifiable de manière non paramétrique est identifiable au sens économétrique. Cela signifie que les paramètres de la forme structurelle peuvent être retrouvés de manière unique à partir des paramètres de la forme réduite correspondante.

Les tentatives de réconciliation entre l’individualisme méthodologique et le modèle unitaire sont insatisfaisantes en ce qu’elles supposent une pondération fixe des utilités individuelles dans la fonction d’utilité familiale [Samuelson (1956)] ou bien démontrent l’existence d’une telle fonction dans un contexte très contraignant [Becker (1974)]. L’insatisfaction à l’égard du modèle unitaire s’est également manifestée dans la littérature empirique. En effet, plusieurs prédictions fondamentales du modèle unitaire ne sont pas corroborées empiriquement. En particulier, la mise en commun des revenus (income pooling) [5] et les propriétés de la matrice de Slutsky (symétrie et négativité) sont presque toujours rejetées [Schultz (1990), Thomas (1990), Thomas (1993), Fortin et Lacroix (1997), Browning et Chiappori (1998), Phipps et Burton].

Une autre faiblesse mise par Lundberg en 1988 est peu adaptée pour analyser les décisions des agents comme le mariage ou le divorce, cela veut dire pour analyser le comportement des ménages de composition différente. Les individus doivent être représentés par des préférences distinctes. Le mariage constitue la fusion de ces préférences symbolisé par la boîte noire et représentée par la fonction d’utilité du ménage. Il est toutefois impossible d’associer une fonction d’utilité des ménages à une fonction d’utilité individuelle et donc de tenir compte des changements de composition au sein du ménage[6].

Il y a aussi lieu de noter le problème de non-assignabilité, c’est-à-dire que les données disponibles contiennent des informations sur la consommation agrégée du ménage et pas sur la consommation individuel.

L’absence de support empirique reste la principale critique à adresser à l’approche unitaire, concernant les fonctions de comportement des ménages, seul le revenu du ménage qui est utile pour expliquer le choix du ménage et non sa répartition : c’est  l’hypothèse d’agrégation du Revenu  « Income pooling hypothesis. Les résultats prédisent le contraire : les revenus contrôlés par la femme et ceux contrôlés par les hommes ont des effets significativement différents sur le comportement du ménage.

Encore faut-il ajouter que selon l’approche unitaire, les effets compensés des prix sur les demandes de biens ou de loisir doivent être symétriques et négatifs en vertu de la condition de Slutsky.

Toutefois  certains modèles unitaires sont testables ; ils fournissent  des prédictions qui peuvent être falsifiées, en accord avec la méthodologie de Popper, et des modèles unitaires sont intégrables[7] et identifiables de manière non paramétrique [8](et non pas l’identification économétrique ou paramétrique).

  1. SOUBASSEMENT THEORIQUES DE L’APPROCHE  COLLECTIVE DU CONSOMMATEUR ;

Ces dernières années un courant semble unifier les modèles collectifs autour de la notion de rationalité collective. Celle-ci implique seulement que les choix du ménage doivent être efficaces au sens de Pareto. Il s’agit d’un modèle semi-structurel où le processus de décision  n’est pas complétement spécifié[9].

Pour discuter de manière plus détaillée les caractéristiques de l’approche collective, nous allons définir précisément un certain nombre de concepts. Ceux-ci seront utilisés régulièrement dans cette thèse.

Considérons un ménage formé de S + 1, S >1, membres qui participent au processus de choix de consommation du ménage et où S est exogène. Chaque preneur de décisions i, i = 1, . . . , S + 1 a ses propres préférences définies sur N biens marchands consommés par le ménage, représentées par une fonction d’utilité Ui(x), concave et deux fois continûment différentiable, où x identifiable à  [x1, . . . , xN].

Aucune restriction sur la nature de ces biens n’est imposée, lesquels peuvent être de nature privée, publique ou sujet à externalités. Le ménage fait face à un vecteur de prix p appartient à  RN. Ainsi, la contrainte budgétaire du ménage s’écrit de la façon suivante :

                                                            p¢x = m, (1)

m représente le revenu du ménage, supposé exogène. Pour alléger la notation, nous normaliserons m = 1 dans ce qui suit.

Le modèle collectif suppose que les choix de consommation du ménage sont efficaces. Plus formellement, on pose l’axiome suivant (dit de «rationalité collective») :

Axiome 1 : Le processus de décision qui détermine le panier de consommation du ménage mène à des choix faiblement Pareto-efficaces. Autrement dit, pour tout vecteur de prix  p et revenu m (ici m = 1), le vecteur de consommation x choisi par le ménage est tel qu’aucun autre vecteur x respectant la condition

 p¢x (barre) = 1 ne peut améliorer le bien-être de tous les membres.

En général, les décisions du ménage ne dépendent donc pas seulement des préférences, du revenu et des prix. Elles dépendent aussi du pouvoir de décision de chacun de ses membres. Par conséquent, tous les facteurs dans l’environnement du ménage, ou les « Extra-household Environmental Parameters » (EEP) pour reprendre la terminologie de McElroy (1990), qui peuvent influencer le pouvoir de négociation des membres du ménage peuvent affecter le résultat du processus de négociation.

En dépit de la condition de l’axiome 1, la théorie de choix de consommation collectif prévoit en modèle un autre axiome ;

Axiome 2 : Le processus de décision dépend de K variables y est identifiable à  [y1, y2, ….yK]¢, appelées facteurs de distribution, qui sont indépendantes des préférences individuelles et qui ne modifient pas globalement la contrainte budgétaire du ménage.

On peut donner plusieurs exemples de facteurs de distribution : la législation concernant le divorce, le nombre d’hommes par 100 femmes (rapport des sexes) sur le marché du mariage[10] (Chiappori, Fortin et Lacroix (2002)) ou encore les parts relatives de revenu des membres du ménage.

En supposant que les axiomes 1 et 2 soient valides, on pose enfin qu’il existe S fonctions scalaires supposées continûment différentiables

 μ1 (y, p) > 0, . . . , μS (y, p) > 0

Telles que le programme d’optimisation que le ménage doit résoudre peut s’écrire :

Max somme ( 1 à s) μi (y, p)Ui(x) + US+1(x),    (P)

Sous la contrainte                 p¢x = 1,

Où : μi (y, p), i = 1, . . . , S représente le poids (de Pareto) associé à la fonction d’utilité du preneur de décisions i par rapport à celle du S +1ieme preneur de décisions. Il s’interprète comme un indicateur du pouvoir de négociation ou de persuasion du membre i au sein du ménage.

La solution du programme (P) peut s’obtenir en deux étapes. En premier lieu, la contrainte budgétaire et les fonctions d’utilité déterminent l’ensemble de possibilités de consommation, ou encore la frontière de Pareto du ménage. En conformité avec l’axiome 1, le résultat du processus de décision est situé sur la frontière de Pareto. En second lieu, le vecteur μ (y, p) = (μ1 (y, p ) , . . . , μS (y, p)) des poids de Pareto détermine le point choisi sur cette frontière.

Une contribution fondamentale de Chiappori (1988, 1992) a été de montrer que sous certaines conditions particulières, l’hypothèse de rationalité collective génère effectivement des contraintes testables sur le comportement des ménages.

La littérature récente a généralisé ce résultat au cas où on n’impose aucune restriction sur la nature des biens et le nombre de décideurs et propose plusieurs tests du modèle collectif, soit sur les prix et sur les facteurs de distribution.

Tests sur les prix

Une première restriction du modèle collectif porte sur les effets-prix des demandes agrégées du ménage.

La représentation du comportement d’un ménage composé de plusieurs personnes selon le modèle collectif montre que la violation des conditions de Slutsky traditionnelles peut être attribuable à l’omission de l’influence des différents membres sur la prise de décision, mais pas de n’importe quelle façon puisque la Proposition 1 doit être respectée. Dans les applications empiriques.

Tests sur les facteurs de distribution

Dans le cadre du modèle collectif, la présence des facteurs de distribution dans les fonctions de demande implique aussi des restrictions testables sur les décisions du ménage. La littérature récente a présenté deux types de tests portant sur ces restrictions. Le premier porte sur les demandes non conditionnelles ( la fonction z (p, y)) alors que le second porte sur des demandes conditionnelles. Celles-ci sont obtenues de la façon suivante : A partir d’un sous-ensemble de fonctions de demande non-conditionnelles, on calcule d’abord (quand ces fonctions existent) les fonctions inverses d’un nombre identique de facteurs de distribution ; ensuite, on substitue ces fonctions inverses dans les fonctions de demandes non-conditionnelles restantes. On obtient ainsi des fonctions de demande conditionnelles. On peut d’abord dériver une première proposition portant sur les demandes non-conditionnelles.

Les premiers modèles basés sur la rationalité collective datent de la fin des années quatre-vingt[11]. La rationalité collective implique sue les décisions du ménage sont efficaces au sens de Pareto, sans spécifier la manière d’atteindre cette efficacité.

  1. LES AVANTAGES DE L’APPROCHE COLLECTIVE

Le modèle collectif (ou coopératif) part de l’hypothèse que le processus de prise de décision, quel qu’il soit, mène à des solutions efficaces au sens de Pareto. Comme étant des modèles d’altruisme ou aussi des externalités de consommation.

D’après Bourguignon et Chiappori(1992), ces modèles devront satisfaire un certain nombre d’exigences minimales[12], afin d’espérer remplacer les modèles unitaires :

  1. Justifier d’un point de vue théorique, l’effet observé de la répartition des ressources entre partenaires sur le comportement du ménage, et en moindre mesure, justifier le rejet de la condition de symétrie, des effets de substitution ;
  2. Générer des restrictions testables, des préférences originales, qui sont utilisées soit pour faciliter les estimations empiriques, soit pour vérifier ex-post l’adéquation de la théorie au comportement observé ;
  3. Etre intégrables, et permettre l’identification d’éléments structurels du processus de décision, tels que les préférences ou le résultat de négociation, à partir du comportement observé, afin de donner une interprétation aux résultats empiriques et fournir une assise à des recommandations de politique économique.

Cependant, pour être acceptable, l’approche collective doit fournir des possibilités comparables à celles de l’approche unitaire, et pour pouvoir dire que cette approche explique le comportement de consommation, elle doit expliquer pourquoi la répartition des ressources influence le comportement du ménage ;

  1. L’approche collective doit générer des prédictions falsifiables au risque d’être rejeté lors d’une confrontation empirique. Ces prédictions devraient idéalement être originales, ou simplement ne pas être incluses dans celles générées par l’approche unitaire ;
  2.  L’approche unitaire doit permettre d’identifier les préférences individuelles de tous les membres du ménage et donner l’information sur le processus de décision du ménage.

Un courant semble unifier les modèles collectifs autour de la notion de rationalité collective. Celle-ci implique seulement que les choix du ménage doivent être  efficaces sans préciser comment cette efficacité est atteinte. Il s’agit donc de modèles semi structurels où le processus de décision n’est pas complètement spécifié.

Les premiers modèles basés sur la rationalité collective datent des années quatre-vingts.17 La rationalité collective implique que les décisions du ménage sont efficaces au sens de Pareto, sans spécifier la manière d’atteindre cette efficacité.

Cette hypothèse a au moins trois avantages. D’abord, elle permet de généraliser l’approche basée sur les modèles axiomatiques de négociation (et de supprimer les hypothèses superflues) ainsi que d’extraire un ensemble de solutions particulières des modèles non-coopératifs répétés. De plus, par sa  simplicité, elle est l’extension la plus naturelle à un ménage composé de plusieurs personnes, des axiomes de la théorie du consommateur. Finalement, elle génère des contraintes testables très précises et permet de retrouver certains éléments du processus de décision.

  1. REGLES DE PARTAGE ET PRISE DE DECISION

Lors de la spécification d’un modèle collectif, l’hypothèse cruciale concerne le choix du processus de décision. En utilisant la terminologie de la théorie des jeux, on pourrait distinguer deux manières structurelles de modéliser le comportement du ménage, soit par un équilibre non-coopératif de Nash ou un de ses racinements, soit par un équilibre coopératif de négociation (bargaining).

Supposons qu’il existe une ligne de démarcation entre les biens publics et les biens privés. La consommation par un des membres du ménage peut néanmoins avoir des effets externes sur le bien être de son partenaire, en particulier, si  les agents sont altruistes. Si les fonctions d’utilité considérées dépendent de tous les biens, y compris ceux consommées par le partenaire, les agents sont dits altruistes-paternalistes égoïstes.

L’utilité du membre i du ménage dépend d’un indice de bien être fonction de sa propre consommation et de l’indice de bien être de son partenaire. Finalement, nous pouvons considérer un autre type de préférences où les agents sont dits égoïstes.

L’utilité du membre i du ménage dépend d’un indice de bien être fonction de sa propre consommation et de l’indice de bien être de son partenaire. Il y a toutefois un autre type de préférences où les agents sont dits égoïstes.

L’utilité du membre i ne dépend que de sa propre consommation. Les propriétés des modèles basés sur les agents altruistes sont assez proches de celles des modèles basés sur des agents égoïstes, du moins sous l’hypothèse d’efficacité parétienne. Lorsque les agents sont égoïstes ou altruistes au sens strict, si un bien est consommé par le seul membre i du ménage, ce bien  sera dit exclusif ou exclusivement consommé par le membre i. L’exemple à prendre est celui du loisir des partenaires ou celui du tabac lorsqu’une personne dans le ménage consomme ces biens.

Un bien exclusif n’est ni un bien public ni un bien privé, le caractère exclusif est une propriété de la forme de la fonction d’utilité de l’ensemble des arguments de celle-ci.

Un bien assignable est proche d’un bien exclusif. Le bien assignable par opposition au bien agrégé est un bien privé pour lequel est observée la consommation de chaque personne dans le ménage. Dans le cas où il n y a pas de variation de prix, la distinction entre biens exclusif et bien assignable est flou. Les consommations individuelles d’un bien assignable peuvent être vues comme celle de deux biens exclusifs.

On pourrait citer les vêtements comme bien assignable dans les enquêtes de consommation car ils sont sexuellement différenciés : nous observons les vêtements consommés par la femme et ceux consommés par l’homme. Et on pourrait considérer que l’ensemble des vêtements est constitué de deux biens exclusifs.

Le choix du processus de décision reste une étape essentielle quant à la spécification du modèle collectif. Il existe deux manières structurelles de la théorie des jeux, de modéliser le comportement du ménage, soit un équilibre non coopératif de Nash ou un équilibre coopératif de négociation (Bargaining).

  • Equilibre non coopératif de Nash : les actions d’un individu sont prises conditionnellement aux actions du partenaire. Leuthold(1968) considère que le ménage est composé de deux agents égoïstes avec un bien public et deux biens exclusifs, à l’équilibre chaque individu maximise son utilité par rapport à la contrainte budgétaire du ménage en choisissant son offre de travail et la consommation publique.il est par exemple possible de montrer que l’accroissement du salaire d’un individu dans le ménagea un effet négatif sur l’offre de travail si le loisir est un bien normal. Ulph en 1998 adapte les hypothèses de Leuthold afin d’expliquer la non agrégation des revenus dans le ménage. Hors dans ces modèles, il existe un doute quant à l’identification des préférences individuelles, ils ne garantissent pas l’optimalité parétienne des allocations du ménage en raison du caractère statique du jeu sous-jacent. Certaines allocations choisies par le ménage devraient donc ne pas être efficaces. Saud pour l’approche  présenté par Bergstrom en 1996, qui base son étude sur l’approche non coopératif e négociation à la Rubinstein –Binmore qui fournissent des solutions efficaces au sens de Pareto mais qui sont identiques à ceux obtenus avec les modèles coopératifs de négociation.

En somme ces modèles possèdent généralement un grand nombre de solutions, certaines efficaces, d’autres non ; la sélection par les membres du ménage sont faite par des conventions sociales ou culturelles. ; Cette approche ne permet pas de réaliser des tests empiriques, puisqu’aucune solution n’est exclue à priori.

 

  • Equilibre coopératif de négociation : ces modèles sont apparus dans les années quatre-vingt. Ils sont fondés sur une approche axiomatique de la négociation et utilisent les équilibres coopératifs de Nash ou de Kalai-Smorodinsky. Sous l’hypothèse de symétrie de l’information, cela suppose que les choix du ménage sont efficaces au sens de Pareto. La solution particulière sur la frontière d’efficacité, unique sous certaines conditions de régularité, dépend du type d’équilibre considéré et du point de menace des membres du ménage. Le choix de ces points de menaces est assez arbitraire. Manser et Brown (1980) et Mcelroy et Horney (1981) supposent qu’ils correspondent au niveau d’utilité obtenu par les membres du ménage en cas de divorce, comme le droit de garde des enfants, les possibilités de se remarier. Mcelroy en 1990 les appelle des paramètres environnementaux extra-familiaux. Ulph en 1988 et Woolley suggèrent que le point de menace devrait être associé à la solution d’un jeu non coopératif entre les membres du ménage. Selon Lundberg et Pollak en 1993, le point de menace est constitué par les utilités obtenues lorsque les partenaires se consacrent aux tâches qui leur sont attribuées par les normes sociales ou la tradition. Dans ce cas, les points de menace ne sont pas nécessairement affectés par des paramètres environnementaux extra familiaux mais pourront être influencés par d’autres variables exogènes internes au ménage. Ces modèles peuvent expliquer l’absence d’agrégation des revenus dans le ménage et fournir des prédictions testables sur le comportement des  membres du ménage[13]. Mais comment les variables affectent le bien-être et le comportement des ménages, c’est pour cela que sont discutés les modèles de comportement des ménages basés sur la rationalité collective.

 

  1. LA METHODOLOGIE

Il existe dans le théorème de la rationalité collective un test de rationalité collective, ainsi pour effectuer les tests empiriques, il y a lieu d’estimer  un système de demande QAIDS (Quadratic Almost Ideal Demand System) tel que proposé par Banks et al (1997) et utilisé Browning et Chiappori (1998). Le système QAIDS a l’avantage de proposer une forme fonctionnelle flexible qui permet de capter la non-linéarité des courbes d’Engel, confirmée plusieurs fois par les travaux empiriques ( Banks et al (1997)).

Une méthodologie basée sur l’approche non paramétrique sur données de Panel est vivement conseillée dans le cas de ce genre de travail sur des données composées de dépenses détaillées, et autres caractéristiques socio-économiques.

Pour valider empiriquement le modèle collectif, plusieurs chercheurs se sont appliqués à déterminer ses implications falsifiables dans différents contextes. Certaines de ces restrictions ont déjà fait l'objet de tests empiriques et, de façon générale, n'ont pas été rejetées. Cependant, à l'exception d'un nombre très limité d'analyses récentes et effectuées par les auteurs des études basées sur le comportement collectif (Dauphin, 2003 ; Dauphin et al. 2004), ces tests ont tous porté sur des ménages comportant seulement deux décideurs potentiels. Ils ignorent donc le comportement des ménages qui en comprennent potentiellement plus, tel que les ménages comportant des conjoints vivant avec des enfants d'âge adulte ou des parents âgés, ménages qui sont très fréquents dans les pays développés, ou encore les familles étendues et les ménages polygames, qui sont très répandus dans les pays en développement.

Dans la plupart  des études sur la consommation des ménages, les dépenses de consommation ne sont pas observées. Cette distinction est importante au niveau conceptuel. En effet, la dépense pour un bien non-durable au temps t est une bonne approximation de sa consommation à la même période. En revanche, un bien durable apporte un flux de services dont la consommation s’échelonne dans le temps. Par conséquent, la dépense sur un bien durable est une mesure inadéquate de la valeur ponctuelle de la consommation.

Outre ce genre de problème, l’observation des données intra-ménages ne sont pas disponible, c’est le cas des données marocains, mais des méthodes basées sur le poids attribués à chaque membre dont la femme et les enfants peuvent être envisagées dans de telles analyses.

 

CONCLUSION

Dans sa forme la plus générale, l'approche de la rationalité collective repose sur deux hypothèses : chacun des membres du ménage possède ses propres préférences, et les décisions prises par le ménage sont Pareto-efficaces pour ceux qui les ont influencées. Cette caractérisation du ménage, communément dénommée le modèle collectif, est beaucoup plus robuste que celle du modèle unitaire, puisque moins restrictive. Le modèle unitaire est en effet un cas spécial du modèle collectif. De plus, le modèle collectif respecte l'individualisme méthodologique (par opposition à une méthodologie holistique) sur laquelle la théorie micro-économique est édifiée.

Dans ces modèles, les fonctions qui caractérisent le comportement du ménage doivent satisfaire des contraintes différentes des traditionnelles conditions de Slutsky. De plus, dans certains cas particuliers, les préférences des membres du ménage peuvent être identifiées à partir du comportement observable.

Les résultats théoriques déjà discutés permettent de mettre en évidence non seulement l’importance de tenir compte des préférences individuelles dans l’analyse des ménages, mais également l’importance de reconnaitre que plusieurs membres participent à la prise de décision au sein du ménage.

Il reste possible de déduire la consommation individuel à partir des données de la consommation du ménage, qui reste une faiblesse tirée par l’usage de l’approche unitaire, on parle dès lors d’une interprétation individualiste de l’approche unitaire. Il reste notamment possible de retrouver les consommations de chaque membre tel que montré par les travaux de Lazear et Michael en 1986 et Deaton en 1989 et Gronau en 1991, et ceci grâce à la méthode de Rothbarth, sauf que les fondements théoriques de cette approche restent fragiles.

Pour être acceptable, l’approche collective doit offrir des possibilités comparables à celles de l’approche unitaire, tout en expliquant pourquoi la répartition des ressources influence le comportement des manages. Elle doit générer des restrictions falsifiables au risque d’être rejetée lors d’une confrontation empirique ; ces prédictions devraient être originales, ou ne pas être incluses dans celles générées par l’approche unitaire. Elle doit aussi permettre d’identifier les préférences individuelles de tous les membres du ménage et donner de l’information sur le processus de décision.

En somme, l’objectif par l’usage du modèle collectif est de donner une interprétation aux résultats empiriques et fournir une assise à des recommandations de politique  économique sur les individus par opposition aux ménages. Il faudrait aussi tenir en compte les observations où un des membres du ménage ne participe pas au marché du travail,

Le test sur les facteurs de distribution ont fait l’objet d’une étude sur coupe transversale entre 1982 et 1993 du family expenditure survey (FES) britannique. L’échantillon de ménage se limite aux couples avec un enfant de plus de 16 ans. Les données s’y rapportant contiennent des informations sur les prix et certaines facteurs de distribution se basant sur les contributions théoriques de Chiappori en 1998 et Chiappori et Ekeland en 2002 (a,b) pour valider le modèle collectif. Les résultats rejettent la rationalité collective avec 2 décideurs mais ne la rejettent pas dans le cas de trois décideurs.

Cet article théorique précise donc l’importance de l’usage de tel modèle, mais ne prévoit pas le cadre pratique, ou l’analyse expérimentale dans le cas du Maroc, compte tenu du manque de données.

 

BIBLIOGRAPHIE :

-A.Clark, H.Couprie, et C.Sofer, « La modélisation collective de l’offre de travail », 2004 ;

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[1] Les modèles unitaires ou traditionnels sont parfois dits »néoclassiques » sont parfois dits néoclassiques, consensuel ou altruistes. Le premier terme est inadéquat, le deuxième fait référence à la justification donnée par Samuelson et le troisième à celle donnée par Becker.

 

 

[2] La validité de ce modèle repose sur plusieurs hypothèses, Bergstrom en 1989 relève que l’utilité doit être transférable entre les membres du ménage. Bruce et Waldman en 1990 montrent que dans un modèle à deux périodes, les membres égoïstes peuvent être incités à épargner  trop peu dans la première période en attendant que le membre altruiste leur vienne en aide dans la seconde. Cet effet pervers est connu sous le nom de « Dilemme du bon Samaritain ».

 

 

[3] Pour toute fonction de comportement satisfaisant un ensemble de restrictions, il existe des préférences qui rationnalisent cette fonction ;

 

 

[4] Ces préférences sont uniques à une transformation monotone croissante près.

 

 

[5] La mise en commun des revenus signifie que seul le revenu total du ménage devrait avoir un effet sur

Les décisions et non pas sa répartition entre les membres qui le composent. Le rejet de cette hypothèse a des

Conséquences importantes pour la conduite des politiques économiques et sociales.

 

 

[6] La théorie de mariage de Becker constitue une exception notable dans la mesure où elle tient des préférences individuelles et du pouvoir de négociation au sein du ménage. Elle n’a toujours pas atteint un  niveau de formalisation assez fin. L’agréation est expliquée par les préférences du membre altruiste. Toutefois ces théorèmes restent critiquables.

 

 

[7] Pour toute fonction de comportement satisfaisant un ensemble de restrictions, il existe des préférences qui rationnalisent cette fonction) ;

 

 

[8] Ces préférences sont uniques à une transformation monotone croissante près ;

 

 

[9] Voir Pollak(1985), Folbre(1986), Bergstrom(1998) concernant d’autres modèles de comportement des ménages.

 

 

[10] Voir chiappori et Fortin et Lacroix(2002).

 

 

[11] Chiappori en 1988 et 1992, Apps en 1981 et 1982,1988.

 

 

[12] Expliquer les trois conditions.

 

 

[13] Chiappori en 1988 note que la constatation d’un impact des paramètres environnementaux extra familiaux sur le comportement du ménage ne constitue pas un test de l’approche collective mais un test de l’approche unitaire. Ensuite si les agents sont égoïstes, il est possible de tester l’hypothèse d’efficacité parétienne mais pas les autres hypothèses caractéristique d’un équilibre coopératif de Nash. Les points de menace et du type d’équilibre, si les agents sont égoïstes, nécessitent des conditions ; voir note de bas de page de l’article essais sur les modèles collectifs de comportement des ménages de Olivier Donni, page : 19.

 

 

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